Mon échec entrepreneurial ? Construire une entreprise qui ne me ressemblait plus

La vie entrepreneuriale nous confronte souvent à des échecs. Ces erreurs qui nous permettent de nous améliorer pour faire grandir notre activité. Ma plus grande erreur de carrière a été de construire une entreprise qui ne me convenait plus.

Quand on m’a invitée à intervenir lors de la Fire Night de Neuchâtel sur le thème de l’échec entrepreneurial, ma première réaction a été de me demander : de quel échec vais-je bien pouvoir parler ?

Parce qu’à première vue, mon parcours ressemble plutôt à une succession de réussites.

-> J’ai eu la chance d’occuper des postes extraordinaires. 

-> J’ai passé dix ans comme directrice marketing chez L’Oréal, puis trois ans dans l’innovation chez SC Johnson. 

-> J’ai travaillé avec des équipes incroyables, sur des projets passionnants, dans des entreprises qui donnent leur chance et permettent d’évoluer.

Et pourtant, il y a douze ans, j’ai décidé de tout quitter, parce qu’entre-temps, je suis devenue maman.

Mes enfants, Shayna et Lohan, ont aujourd’hui 19 et 16 ans. À l’époque, ils étaient tout petits, et j’ai réalisé que je ne pouvais plus continuer à vivre au rythme que j’avais connu jusque-là.

  • Chez L’Oréal, terminer à 22 heures n’avait rien d’exceptionnel. 
  • Chez SC Johnson, j’avais dix-sept pays sous ma responsabilité et je passais une grande partie de mon temps dans les avions.

J’adorais mon métier, mais j’avais envie d’autre chose. J’avais envie de pouvoir choisir mon temps… Alors je me suis lancée.

Et, honnêtement, au début, tout s’est très bien passé.

Lorsque j’ai démarré mon activité, je n’arrivais pas de nulle part.

J’avais construit pendant des années un réseau professionnel, une crédibilité, une légitimité et surtout un capital confiance.

Mon premier client est arrivé grâce à une amie, mon deuxième grâce à ma famille et très rapidement, je gagnais presque autant que lorsque j’étais salariée.

Je me suis alors dit que la vie d’entrepreneure était extraordinaire : j’étais libre, je choisissais mes horaires, mes clients, mes projets.

Avec le recul, je réalise que mon premier conseil entrepreneurial est probablement le plus important : avant même de se lancer, il faut construire son réseau.

Et ce qui est fascinant, c’est qu’aujourd’hui encore, douze ans plus tard, la majorité de mes clients arrivent grâce aux relations professionnelles construites à cette époque.

Quelques mois après mon lancement, j’ai décroché un très gros mandat auprès d’une start-up. Ce client représentait près de 80 % de mon activité.

Je travaillais énormément, j’étais heureuse, je me projetais.

Et puis, du jour au lendemain, la start-up s’est arrêtée… et le contrat aussi. Je me suis retrouvée sans activité. Pendant plusieurs mois, je n’ai quasiment plus facturé.

À ce moment-là, j’ai compris que le problème n’était pas la disparition du client.

Le problème, c’était mon manque d’anticipation.

J’avais consacré toute mon énergie à un seul projet, sans préparer l’après.

Quand tout va bien, on a tendance à croire que tout ira toujours bien, alors que c’est faux.

Cette expérience m’a appris une règle qui guide encore aujourd’hui chacune de mes décisions : ne jamais mettre tous ses œufs dans le même panier.

Aujourd’hui encore, tous les trois ou quatre mois, j’analyse la répartition de mon chiffre d’affaires, mes canaux d’acquisition et le poids de chacun de mes clients, parce que la diversification est surtout une stratégie de sérénité.

Après cette première claque entrepreneuriale, j’ai compris qu’il me fallait une activité plus stable.

Je me suis alors demandé ce qui me rendait profondément heureuse dans mes anciens postes.

La réponse est venue très vite : transmettre. J’adorais former, accompagner et faire grandir les autres.

J’ai donc écrit au SAWI et mon message était très simple : « Je fais du marketing depuis quinze ans. J’ai beaucoup de choses à transmettre. Pensez-vous que je pourrais vous être utile ? »

Le directeur m’a répondu avec une confiance que je n’oublierai jamais :

« On vous donne une classe pendant une journée. Et on verra. »

Cette journée a changé ma vie.

J’ai donné un cours sur le personal branding. Et depuis ce jour-là, je n’ai jamais arrêté d’enseigner.

Aujourd’hui encore, l’enseignement représente une partie essentielle de mon activité.

Et surtout, il constitue ce fameux coussin de sécurité dont j’avais besoin.

D’ailleurs, même là, la vie a continué à me rappeler l’importance de la diversification.

L’été dernier, le SAWI a arrêté plusieurs formations dans lesquelles j’enseignais. Plus de 300 heures de cours ont disparu du jour au lendemain.

Mais cette fois, je n’ai pas paniqué parce que j’avais appris la leçon.

Pendant plusieurs années, mon activité a grandi de manière saine et sereine. Puis est arrivé le Covid et avec lui, une envie très forte : construire quelque chose de plus grand.

  • J’ai créé une agence,
  • J’ai recruté une première collaboratrice,
  • Puis une deuxième,
  • Puis des stagiaires,
  • Puis d’autres personnes.

Et je dois être honnête : j’adorais cette idée.

J’aimais les réunions d’équipe, les repas de midi, les fêtes de Noël, j’aimais pouvoir dire que j’avais une entreprise. Et je crois qu’à ce moment-là, il y avait aussi un peu d’ego. Parce que le monde entrepreneurial nous pousse constamment à grandir.

  • Quand on gagne 5.000, il faudrait gagner 10.000,
  • Quand on gagne 10.000, il faudrait viser le million….
  • Quand on est indépendant, il faudrait créer une équipe.
  • Quand on a une équipe, il faudrait scaler.

Et moi aussi, je suis tombée dans ce piège.

Quand on me demandait ce que je faisais, j’étais fière de répondre :

« J’ai une entreprise. J’ai plusieurs collaborateurs. »

Je me sentais accomplie. Sauf qu’en réalité, quelque chose ne fonctionnait pas.

Pendant trois ans, j’ai travaillé comme jamais auparavant : les soirs, les week-ends et les vacances.

Je payais les salaires, puis les charges, puis les fournisseurs.

Et à la fin du mois, il ne restait souvent presque rien pour moi.

Je ne comprenais pas car : 

  • Nous travaillions énormément.
  • Nous avions des clients.
  • Nous générions du chiffre d’affaires…

Alors j’ai demandé à une spécialiste financière d’analyser mon entreprise.

Sa réponse a été brutale : « Sacheen, ton entreprise n’est pas rentable. »

Je n’y croyais pas.

Puis nous avons analysé la rentabilité réelle de chaque poste.

Ça été difficile de l’accepter, mais j’ai découvert que malgré tout le travail fourni, mon modèle ne fonctionnait pas. Et le plus douloureux, c’était de réaliser que je ne faisais plus le métier que j’aimais.

Je ne faisais plus de marketing.

Je faisais des ressources humaines, de l’administration, du management, de la supervision.

Bref, toutes les tâches que je n’aimais pas.

J’ai alors commencé à me poser des questions inconfortables.

  • Pourquoi avais-je créé cette structure ?
  • Pourquoi avais-je recruté ?

Bien sûr, il y avait l’envie de partager une aventure collective, mais il y avait aussi autre chose : L’envie de correspondre à une certaine image de la réussite.

-> Je croyais qu’avoir des salariés signifiait avoir réussi.

-> Je croyais que grandir signifiait forcément grossir.

-> Et surtout, je croyais que la réussite devait se voir.

Or, pendant que je montrais au monde une entreprise qui grandissait, moi, intérieurement, je perdais exactement ce que j’étais venue chercher en devenant indépendante : ma liberté.

J’ai alors pris une décision difficile qui était d’expliquer à mon équipe que cette organisation ne me convenait plus.

Je n’ai licencié personne, mais nous avons cherché ensemble des solutions.

Certaines collaboratrices sont devenues freelances et travaillent encore avec moi aujourd’hui.

D’autres ont trouvé des postes qui leur correspondent parfaitement.

Et moi, j’ai retrouvé ma place.

Aujourd’hui, je n’ai plus de salariés, mais je travaille avec une équipe de freelances. 

  • Mon activité fonctionne mieux.
  • Je suis plus sereine.
  • Je gagne mieux ma vie.
  • Je peux investir dans mes formations, dans mon développement et dans les projets qui me passionnent.
  • Et surtout, je me suis réconciliée avec ma propre définition de la réussite.

Avec le recul, je réalise que mes plus grands échecs ont été mes plus grands enseignements.

  • Ils m’ont appris à protéger mon activité.
  • Ils m’ont appris à ne jamais dépendre d’une seule source de revenus.
  • Ils m’ont appris à distinguer mes véritables aspirations des injonctions extérieures.
  • Et surtout, ils m’ont appris qu’il n’existe pas une seule façon de réussir.

Si je devais vous laisser avec trois conseils, ce seraient ceux-ci :

  1. Assurez toujours vos arrières.
  2. Ne mettez jamais tous vos œufs dans le même panier.
  3. Et demandez-vous régulièrement si la vie entrepreneuriale que vous êtes en train de construire est vraiment celle dont vous rêviez.

Parce qu’au fond, la véritable croissance n’est peut-être pas celle que les autres voient. C’est celle qui nous rapproche de nous-mêmes. 

Si cet épisode vous a plus, si ma vision du marketing vous parle, je serai très heureuse de vous retrouver et d’échanger sur Linkedin, où je publie quotidiennement des posts liés au marketing, à la compréhension du consommateur, à l’acquisition ou à la vie entrepreneuriale en général.

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On se retrouve de l’autre côté ? 

Sacheen 🌞

Sacheen Sierro

Sacheen Sierro

Stratège marketing et consultante, spécialiste de la croissance de chiffre d’affaires des entreprises depuis 25 ans

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