J’ai la chance d’exercer ce que je considère sincèrement comme le plus beau métier du monde : le marketing.
Je sais que cette affirmation peut surprendre. Le marketing souffre parfois d’une mauvaise réputation. On l’associe à la publicité, à la manipulation ou à des techniques destinées à vendre à tout prix. Pourtant, après plus de vingt ans de pratique, je continue de penser que le marketing est avant tout le métier qui aide les entreprises à grandir, à se développer et à créer des liens durables avec les personnes qu’elles servent.
Et si j’ai appris ce métier dans toute sa richesse et sa complexité, c’est en grande partie grâce à un terrain de jeu particulièrement exigeant : la Suisse.
Lorsque j’ai été invitée à prendre la parole sur le thème de l’attractivité de la Suisse lors de l’événement Mastermindset organisé par Ma Table and Co, j’ai eu envie d’aborder le sujet sous un angle un peu différent. Plutôt que de parler uniquement d’économie, d’innovation ou de qualité de vie, j’ai souhaité partager ce que la Suisse apporte aux professionnels qui y travaillent : une manière d’aborder les relations humaines, la confiance et l’adaptation qui constitue, selon moi, un véritable avantage concurrentiel.
Faire du marketing en Suisse : une école d’humilité
J’ai passé dix années au sein de L’Oréal en tant que directrice marketing. Cette expérience m’a appris une première leçon essentielle : faire du marketing en Suisse, c’est apprendre à faire beaucoup avec peu.
Lorsque l’on travaille dans un groupe international, la réalité des marchés apparaît très rapidement. À côté de pays comme la France, l’Allemagne ou le Royaume-Uni, la Suisse représente un marché relativement modeste. Et comme les budgets marketing sont généralement proportionnels au chiffre d’affaires, cela signifie concrètement disposer de moyens beaucoup plus limités.
Je me souviens très bien de cette frustration initiale. Voir les moyens déployés ailleurs et devoir, ici, faire preuve d’ingéniosité permanente.
Avec le recul, je réalise que cette contrainte a été une formidable opportunité d’apprentissage.
Quand les ressources sont limitées :
- On devient plus créatif,
- On apprend à prioriser,
- On réfléchit davantage avant d’agir.
Chaque décision compte, chaque campagne doit être pensée avec précision. Et finalement, cette capacité à optimiser, à arbitrer et à maximiser l’impact devient une compétence extrêmement précieuse.
Le véritable défi suisse : comprendre plusieurs cultures à la fois
La plus grande difficulté du marketing en Suisse réside dans sa diversité culturelle.
Nous avons tendance à parler de la Suisse comme d’un petit pays. Pourtant, lorsque l’on travaille dans le marketing, on découvre rapidement qu’il s’agit d’un pays composé de plusieurs univers culturels, parfois très différents les uns des autres.
Et cette réalité change absolument tout.
Je me souviens d’un exemple particulièrement parlant durant mes années chez L’Oréal.
Vous connaissez probablement les campagnes emblématiques de la marque : des femmes ou des hommes magnifiques, sûrs d’eux, qui regardent droit dans les yeux avec assurance et affirment : “Parce que je le vaux bien”.
En Suisse romande, ce type de communication fonctionne remarquablement bien.
- La personne représentée devient une source d’inspiration.
- On la regarde avec admiration.
- On se projette.
- On a envie de lui ressembler.
Mais lorsque nous utilisions exactement le même visuel en Suisse alémanique, les réactions pouvaient être radicalement différentes.
Là où certains percevaient de l’inspiration, d’autres voyaient de l’arrogance. Là où certains ressentaient de l’admiration, d’autres avaient l’impression d’être jugés ou regardés de haut.
Le résultat était simple : un message qui séduisait une partie du pays pouvait totalement repousser une autre.
Cela signifiait, très concrètement, produire plusieurs campagnes, adapter les visuels, modifier les messages et parfois même repenser complètement la manière de communiquer.
Je me retrouvais alors à organiser plusieurs shootings pour une même campagne : d’un côté, une femme inspirante, forte et statutaire et de l’autre, une personne plus accessible, plus chaleureuse, plus proche du quotidien.
À l’époque, cela représentait surtout une complexité supplémentaire.
Aujourd’hui, je considère que c’est probablement l’une des meilleures formations que l’on puisse recevoir en marketing.
La compétence la plus importante du marketing : se mettre à la place de l’autre
J’ai grandi dans cette diversité culturelle. Mon père est suisse allemand, ma mère québécoise. Très tôt, j’ai appris qu’une même situation pouvait être perçue différemment selon les références culturelles, les expériences ou les valeurs de chacun.
Et avec le temps, j’ai compris que cette capacité d’adaptation constituait probablement la compétence la plus importante du marketing.
On parle souvent de stratégie, d’outils, de communication ou de publicité. Mais si je devais résumer le marketing en une phrase, je dirais simplement que le marketing consiste à comprendre les autres. Car une entreprise grandit parce qu’elle comprend mieux les personnes auxquelles elle s’adresse.
- Comprendre leurs attentes.
- Comprendre leurs besoins.
- Comprendre leurs freins.
- Comprendre leurs motivations profondes.
- Comprendre ce qui les rassure, ce qui les inspire et ce qui les pousse à agir.
Pour cela, il faut accepter de sortir de sa propre réalité pour entrer dans celle de l’autre.
Et cette compétence, la Suisse nous oblige à la développer quotidiennement.
Ce que les neurosciences m’ont appris sur les décisions humaines
Cette fascination pour les comportements humains m’a amenée à me former aux neurosciences du comportement, ce qui a profondément transformé ma manière d’aborder le marketing.
Nous aimons croire que nous prenons des décisions rationnelles. Pourtant, nos décisions sont influencées par nos émotions, nos expériences passées, notre environnement, notre besoin de sécurité, nos habitudes ou encore notre perception du risque.
En marketing, nous parlons souvent du « processus de décision d’achat ». Mais derrière cette expression se cache une réalité profondément humaine :
- Pourquoi faisons-nous confiance à une personne plutôt qu’à une autre ?
- Pourquoi choisissons-nous une entreprise ?
- Pourquoi sommes-nous séduits par une marque ?
Plus j’ai étudié ces mécanismes, plus j’ai réalisé que le marketing est avant tout une discipline d’observation, d’écoute et d’empathie.
La confiance : le véritable atout de la Suisse
Depuis maintenant treize ans, j’exerce comme consultante indépendante. J’ai eu la chance d’accompagner des entreprises en Suisse, mais également en France, en Belgique et dans d’autres pays.
Et très souvent, je me suis posée cette question : pourquoi des entreprises étrangères choisissent-elles de travailler avec une personne basée en Suisse ?
La réponse qui revient le plus souvent : la confiance. La Suisse inspire confiance.
Bien sûr, cette confiance repose sur des compétences, mais également sur des valeurs qui sont profondément associées à notre pays.
La première de ces valeurs est probablement la fiabilité.
Le professionnel suisse est généralement perçu comme quelqu’un de sérieux, de rigoureux et de professionnel. Il ne cherche pas nécessairement à impressionner ou à se mettre en avant. Il cherche avant tout à faire son travail correctement.
L’apparence prend parfois le dessus sur le fond, donc, une culture du travail bien fait devient un avantage concurrentiel considérable.
Le souci du détail : un héritage culturel
Une autre caractéristique qui me semble profondément liée à la Suisse est le souci du détail.
Lorsque l’on pense à notre pays, on pense souvent à l’horlogerie. Mais au-delà du secteur lui-même, l’horlogerie a façonné une véritable culture de la précision.
Nous avons appris à observer, à analyser, à anticiper et à porter une attention particulière aux détails.
Et finalement, la confiance se construit précisément là : dans l’accumulation de centaines de petits détails maîtrisés :
- Un projet bien structuré.
- Une expérience client réfléchie.
- Une communication cohérente.
- Un engagement tenu.
Ce sont ces éléments qui créent la confiance durable.
La discrétion : une force souvent sous-estimée
La discrétion est également une autre valeur suisse qui me paraît particulièrement importante.
Dans mon activité, j’accompagne notamment des médecins, des cliniques esthétiques, des avocats ou des notaires. Dans ces professions, la confiance et la confidentialité sont fondamentales.
Cela m’a appris que le marketing efficace n’est pas nécessairement un marketing visible.
À notre époque, il semble parfois indispensable de tout montrer, de tout raconter et de tout mettre en scène. Pourtant, certaines des stratégies les plus performantes sont aussi les plus discrètes.
Il est possible de développer une activité avec efficacité sans nécessairement chercher la visibilité à tout prix.
Et cette capacité à privilégier le fond plutôt que l’apparence constitue, selon moi, l’une des grandes forces de la culture suisse.
Un autre pilier de l’attractivité suisse : la formation
Enfin, je crois profondément que l’attractivité de la Suisse repose aussi sur la qualité de sa formation.
J’ai la chance d’enseigner le marketing dans plusieurs établissements, écoles et universités. Cette expérience me permet d’observer quotidiennement le niveau d’exigence, le sérieux et la rigueur qui caractérisent notre système éducatif.
Cette exigence forme des professionnels capables d’analyser, de s’adapter et d’apprendre en permanence.
Et là encore, cela contribue à créer ce bien précieux qu’est la confiance.
Ce que la Suisse nous apprend finalement
Lorsque je réfléchis aujourd’hui à l’attractivité de la Suisse, je ne pense pas seulement à l’économie ou aux infrastructures.
- Je pense à un pays qui nous apprend à faire preuve d’adaptabilité.
- Je pense à un pays qui nous oblige à comprendre des cultures différentes.
- Je pense à un pays qui valorise le travail bien fait, la précision, la discrétion et le professionnalisme.
- Je pense surtout à un pays qui nous apprend qu’avant de vouloir convaincre quelqu’un, il faut d’abord chercher à le comprendre.
Et finalement, c’est peut-être cela, la véritable force de la Suisse : sa capacité à former des professionnels profondément humains, capables de créer ce dont nous avons tous le plus besoin aujourd’hui, dans les affaires comme dans la vie : la confiance.
Et si nous restions en contact ?
Si cet épisode vous a plu, si ma vision du marketing vous parle, je serai très heureuse de vous retrouver et d’échanger sur Linkedin, où je publie quotidiennement des posts liés au marketing, à la compréhension du consommateur, à l’acquisition ou à la vie entrepreneuriale en général.
J’ai aussi une newsletter spécialement dédiée au marketing, où je rédige chaque semaine des cas pratiques de mon quotidien dans le marketing avec les problématiques que je résous pour mes clients, indépendants ou entreprises que j’accompagne dans leur stratégie marketing. Découvrez ici mes éditions “Dans la tête d’une marketeuse”.
On se retrouve de l’autre côté ?
Merci de votre lecture,
Sacheen 🌞


